Des titres de séjour en France vendus jusqu'à 18 000 euros

Une faille dans le contrôle des titres de séjour des préfectures françaises a ouvert la voie à un grand trafic, orchestré par un groupe de 13 individus. Ces derniers, âgés de 21 à 55 ans, sont actuellement sous enquête pour avoir organisé un trafic lucratif de documents administratifs.

Profitant de la collaboration de deux agents préfectoraux corrompus, cette entreprise frauduleuse a eu lieu à Paris et en banlieue depuis janvier 2021. Selon Le Parisien, les enquêteurs de la sous-direction de la lutte contre l'immigration irrégulière ont découvert une méthode de fraude bien rodée en mai 2022.

Un groupe d’individus aurait facilité l'obtention de titres de séjour français à des sans-papiers contre des sommes allant de 10 000 à 18 000 euros. Le réseau de malfrats a su exploiter habilement les failles du système, offrant aux demandeurs le droit de résider en France avec une prolongation automatique tous les cinq ans et même la possibilité de naturalisation.

Fonctionnaires à la préfecture complices

Les étrangers cherchant à régulariser leur situation obtenaient des rendez-vous en préfecture avec un fonctionnaire complice. Ce dernier, responsable des guichets d'accueil Anef, accueillait les candidats, parfois accompagnés par un complice ou une personne gérant une société spécialisée dans les formalités administratives.

Les fraudeurs, se faisant passer pour des ressortissants européens, apportaient de fausses pièces, telles que des preuves de vie et des documents d'identité. Le fonctionnaire corrompu scannait les documents et remettait un récépissé en accompagnant l'instruction du dossier. Les documents falsifiés étaient indétectables, car les experts n'avaient accès qu'à leurs versions numérisées, ne permettant pas de déceler des indices tels que l'épaisseur du papier utilisé dans les faux.

Le réseau de fraude, dirigé par un certain Sifou, possède des ramifications en Turquie, aux Pavillons-sous-Bois et à Rosny-sous-Bois. Utilisant un équipement informatique de qualité, le réseau est coordonné par un individu surnommé « Louis ». Ce dernier, éventuellement plombier, supervise les accompagnateurs, les fournisseurs de clients et les faussaires. Les faux documents sont fabriqués soit à Istanbul, soit en région parisienne, en fonction des besoins spécifiques et des commandes.

Le réseau parisien de trafic de documents démantelé

Le 5 juin 2023 dernier, les forces de l'ordre ont procédé à des interpellations et perquisitions dans quatre endroits à Paris, en Seine-Saint-Denis et dans le Val-d'Oise, aboutissant à l’arrestation de huit suspects. Les deux officines franciliennes ont été démantelées lors de ces opérations. Des téléphones, des ordinateurs, des imprimantes et du matériel papier de haute qualité ont été saisis. De faux passeports et d'autres documents contrefaits ont été découverts. Les enquêteurs ont également mis la main sur 110 000 euros et un véhicule quatre-quatre Hyundai.

Malgré ces interpellations, le chef du réseau et l'un de ses associés restent en fuite à l'étranger. L'affaire révèle les failles du système de contrôle des cartes de séjour en France et souligne la nécessité d'une réforme pour renforcer la sécurité et éviter de tels trafics à l'avenir.

Retour en haut