Kacem Madani à Algérie-Expat : « L’écriture est une seconde nature pour moi »

Physicien de formation et de profession, Kacem Madani est aussi chroniqueur et écrivain. Le natif de Larbaâ Nath Irathen, nous parle dans cet entretien, de son dernier livre « Mémoire(s) en dents de scie, entre là-bas et ici », de ses rapports avec l’écriture et la littérature. Kacem Madani nous raconte également, son enfance difficile et son exil.

Pouvez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours ?

Kacem Madani est physicien de formation et de profession. Il est actuellement à la retraite après 40 années d’enseignement et de recherches en Algérie est en France.

Formation : titulaire d’un DES (Diplôme d’Etudes Supérieures) en physique du solide, Université d’Alger, 1975 ; d’un Master Electrical Engineering, Florida Institute of Technology, USA, 1978 ; d’un Doctorat en Optronique, ENSSAT (Ecole Nationale Supérieure des Sciences Appliquées et de Technologies), Lannion, France, 1992 ; et d’une HDR (Habilitation à Diriger des Recherches), ENSSAT, Lannion, 1996.

Carrière professionnelle : Maître Assistant – Chargé de cours, USTHB, Alger, 1979 – 1990 ; Ingénieur contractuel, ENSSAT, 1990 – 1998 ; Professeur des universités, Université d’Artois, 1999-2020.

Chroniqueur dans le journal en ligne Le Matin d’Algérie depuis 2007. Venu à l’écriture grâce à Mohamed Benchicou qui m’a encouragé à soumettre des analyses sociales et politiques sur l’Algérie. Benchicou m’a d’ailleurs fait l’honneur de rédiger la préface de mon premier livre « Indignations Chroniques », éd. Vérone, 2017. Préface dans laquelle il écrit :

« Kacem Madani écrit en état d’ébriété. Avec l’ivresse d’un jeteur de pavés. Cela tombait plutôt bien : Le Matin n’avait d’autre vocation que celle de rester, à jamais, le couvent des âmes pécheresses, celles qui, dans notre société asservie à toutes sortes de religions, commet le délit d’écrire, de remuer le couteau dans la plaie, de ressusciter les amis assassinés pour délit d’adultère avec la plume.

Ces chroniques sont la démonstration qu’un journal fondé sur la puissance d’une conviction, ne meurt pas. Ou alors pas longtemps. Kacem Madani est une créature post mortem d’un journal qu’on pensait avoir réduit au silence. Ces chroniques que vous allez lire, perpétuent le souffle de vie d’un journal à l’insolence têtue, incontrôlable et pure, dont je continue à croire que sa disparition dans l’honneur a apporté plus à la cause de la liberté qu’une existence dans l’indignité. Les chroniques de Kacem Madani, trempées dans l’encre acide de la dérision et de l’authenticité, sont de sévères réquisitoires contre la bêtise humaine, la menace islamiste, la domination des mafias, la corruption des gouvernants, les fraudes électorales, les pillages incessants des richesses nationales et la soumission aux obscurantismes des nouveaux prophètes. Ces textes façonnés pour dénoncer et pas pour plaire, ces écrits implacables, révèlent la foi d’un homme en ce qui a fait la raison d’être du Matin : opposer à la violence de l’injustice qui s’abat sur notre peuple, la force et le pouvoir du verbe, la simple démesure des mots. Ce pouvoir peut paraître dérisoire mais, vous diront les bourreaux qui ont cru être venus à bout du Matin, ils n’en sont pas moins de redoutables ébranlements pour toutes les coalitions bâties sur le mensonge et le dessein d’asservir les hommes. »

Mohamed Benchicou, Juin 2017.

Qu’est-ce qui vous a inspiré pour écrire votre dernier livre ? 

Mon dernier livre s’intitule « Mémoire(s) en dents de scie, entre là-bas et ici », éd. Maïa, 2022 (*).

L’ouvrage est une autobiographie, rédigée en premier lieu pour que ma descendance n’oublie pas ses racines Kabyles. Sur la 4ème de couverture, on y lit « Ce livre retrace l’itinéraire atypique et non linéaire d’un Kabyle qui se retrouve à Alger à l’âge de 10 ans, à Nancy à 11 ans, et à 12 ans au sein d’une famille d’accueil dans un petit bourg de la Haute-Saône.

Durant ses années de préadolescence, il fait face et assimile très vite les cultures et les langues arabe et française. À l’âge de 13 ans, le voilà de nouveau à Alger pour une durée qui s’étale sur 25 ans, avant de revenir dans l’Hexagone pour y suivre un parcours du combattant qui lui permettra de décrocher un poste permanent dans l’enseignement supérieur et adopter la France et ses valeurs pour de bon.

Avec un style limpide, l’auteur nous entraîne dans un voyage initiatique cocasse qui se consomme sans modération. »

Comment écrivez-vous ? Cette évolution à partir de l’éclosion du sujet et jusqu’à sa mise en écriture.

On ne peut écrire si on n’a pas lu ! Et la lecture est avant tout une passion que je pratique sans discontinuer depuis mon adolescence. Comme tous les jeunes de ma génération, ma littérature gravitait essentiellement autour des illustrés avant de se translater graduellement vers les auteurs classiques : Voltaire, Rabelais, Zola, Dostoïevski, Steinbeck, etc. ainsi que les auteurs de livres policiers comme Frédéric Dard, James Hadley Chase, Georges Simenon, Agatha Christie et tutti quanti…

Avez-vous une pratique d’écriture individuelle ? Avez-vous déjà participé à un concours littéraire ?

J’écris souvent en soirée pendant que mon épouse regarde la télé. C’est souvent sous forme de brouillons que les premiers jets de mes chroniques naissent. Initialement, je couche mes idées pêle-mêle avant de travailler le texte, souvent le lendemain, mais parfois quelque jours plus tard.

L’écriture est une seconde nature pour moi. Dans ma profession de physicien, j’ai rédigé et publié des dizaines de papiers ainsi qu’un livre sur la dynamique non linéaire dans les lasers, en anglais.

Je n’ai pas eu la chance de participer à un concours littéraire.

Quelle est votre première grande découverte littéraire ? Et votre dernier coup de cœur ?

Mon premier coup de foudre littéraire est, sans hésitation, « candide ou l’optimisme » de Voltaire. Mon dernier coup de cœur est un pavé de 1000 pages, « pour rien au monde », de Ken Follet.

Quels conseils donneriez-vous à une personne qui hésiterait à se lancer dans l’édition ?

Il faut oser soumettre son travail et croire en ses chances. Le domaine de l’édition est complexe et fastidieux. Il ne faut pas hésiter à envoyer son texte à plusieurs éditeurs à la fois pour augmenter ses chances d’être publié. Et surtout, savoir éviter les arnaques en choisissant des maisons d’édition à compte d’éditeur et fuir celles à compte d’auteur.

Votre dernier mot

Deux mots si vous permettez. Le premier c’est d’attirer votre attention sur mon avant dernier livre « chants d’honneur » qui consiste en la traduction en français de 20 poèmes engagés de Lounis Aït Menguellet. Un livre édité en France, par les éditions Hedna, en 2021, et en Algérie par Tafat éd, en 2022.

Le deuxième pour dire dommage que les nouvelles générations ne lisent plus et que les réseaux sociaux les absorbent davantage et les éloignent de plus en plus de la passion de la lecture. Ceci n’est pas rassurant pour la santé intellectuelle de l’humanité.

(*) Lien internet pour toute commande sans frais d’envoi :

https://www.editions-maia.com/livre/memoires-en-dents-de-scie/

 

 

 

 

 

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