Fuite des médecins algériens vers la France : la toile s'enflamme

Félicitation, stupéfaction, indignation, consternation, critique... l'annonce des résultats des Épreuves de vérification des connaissances (EVC) n'a pas laissé indifférents les Algériens. La toile est mise en effervescence, la liste donnant les lauréats a suscité de vives réactions...

La liste rendue publique vendredi passé par le CNG (Centre National de Gestion), révèle que plus de 60% des 1 993 postes ouverts cette année, soit 1200 algériens parmi les candidats qui ont concouru, ont réussi leur examen. Un franc succès synonyme de poste garanti en France. Une vraie opportunité qui se présente devant les heureux admis pour enfin quitter leur pays et partir s'installer en France.

Mais le tableau reste difficile à peindre devant les vives réactions suscitées suite à ces résultats donnant plus de la moitié des effectifs reçus comme étant raflés par les algériens !

Les EVC, ou la fuite des cerveaux !

"A ce rythme, il nous reste malheureusement que le retour aux plantes traditionnelles", dira un internaute pour exprimer son découragement et sa déception ! Au moment où le pays est au cœur d’une crise sanitaire, en effet, plus de 1 200 médecins algériens, de différentes spécialités, s’apprêtent à abandonner leurs postes et quitter le territoire national et rejoindre l’Hexagone.

Face à cette fuite des cerveaux et l'immigration massive de cadres alors que la population a plus que jamais besoin d'une mobilisation optimale du personnel sanitaire, les répliques se sont multipliées ses dernières 48 heures. Les avis diffèrent, et parfois divergent, entre celui des officiels, des praticiens et autres spécialistes et du grand public.

Beaucoup d'intervenants pleurent en effet leur pays qui n'arrive plus à garantir une situation décente à ses enfants, à ses cadres formés pendant des années et qu'au final ils n'ont que la fuite comme alternative face au marasme dont lequel ils vivent. [the_ad id="7305"] D’autres part, les praticiens disent ne pas voir de débouchés à leur carrière professionnelle s'ils restent en Algérie !

Dommage, mais c'est comme ça...

Quant à la masse qui suit l'actualité, beaucoup de messages de félicitations se multiplient sur les réseau sociaux exprimant la joie et le sentiment de fierté à l'encontre des heureux admis. "En quête d'un avenir meilleur. Bon courage a eux", commente une internaute. "Ils ont étudié et souffert, qu'ils aillent où ils veulent, c'est leurs vies", dira un autre.

Exprimant le déchirement ressenti par la plus part des dignes enfants du pays, un jeune a tenu de préciser que cela s'est imposé, [the_ad id="7305"] en s'adressant aux praticiens, mais pas seulement à eux : "Bon courage et bonne continuation à vous. Malheureusement, nous partirons tous un jour vers un pays qui est prêt à nous laisser exprimer notre savoir-faire et notre expertise, l’Algérie ne mérite pas ça, mais nous non plus !"

Partir pour un meilleur avenir

Tandis qu'un autre a soulevé que la réussite aux examens France prouve que les facultés de médecine en Algérie sont de très haut niveau : "Il faut reconsidérer le statut et la compétence des médecins algériens. Le problème n'est pas dans la formation ou la compétence, mais dans les conditions dans lesquelles ils travaillent. [the_ad id="7305"] C'est une perte pour l'Algérie et les pauvres citoyens, mais bravo à eux."

Beaucoup de réactions ont soulevés les conditions de travail, le statut du médecins, la marginalisation et la non valorisation des compétences. "La marginalisation des médecins en Algérie est déroutante comme si elle visait à les pousser à aller en France pour en bénéficier ! Comment un médecin qui a étudié et excellé et est devenu spécialiste peut-il gagner quelques dinars. Un salarié vit mieux que lui !", a exprimé un jeune sa stupéfaction.

Dénonciations, combats et fuite en avant...

Certains parlent de corruption et d'un secteur de santé non régulé aux ramifications suspectes et dangereuses... "La corruption dans la santé (DSP, CHU...etc), si un jour quelqu'un ose à ouvrir ce sujet, des bombes atomiques vont s'exploser.", [the_ad id="7305"] une alerte lancée dans un commentaire. Ainsi, la politique menée par l'état est pointée du doigt.

Au moment où des regrets et reproches à destinations des partants se font sentir, d'autres par contre, ont tiré sur eux et affichent déception et indignation face à cette hémorragie d'intellectuelles. "Bon débarras, celui qui ne veut pas combattre pour un avenir meilleur pour son pays, ses frères et sœurs, l'Algérie aussi ne veut pas de lui. Qu'ils partent en silence et laisser les autres continuer leurs combat !", a lâché, avec rage, un abonné en commentant une publication.

Contradictions et paradoxes "sanitaires" !

Dr Rachid Oulebsir, économiste et spécialiste du patrimoine, de sont côté, a souligné la disparité des échanges dans le domaine de la santé et plaide pour la protection de l'élite :"Quand les cubains, les chinois et autres français viennent travailler en Algérie, c'est dans le cadre d'une coopération bien encadrée... Quand les médecins Algériens vont travailler ailleurs, [the_ad id="7305"] c'est à titre d'aventure individuelle sans contrepartie pour la nation qui les a vu naître et les a formés à coups de milliards tirés pour l'essentiel de l'exportation de ses ressources du sous sol", a-t-il écrit dans l'une de ses publications.

Avant d'ajouter : "Ce système politique rentier n'est pas à une contradiction près. Il forme des milliers de cadres, médecins, économistes, journalistes, infirmiers, architectes et les chasse du pays, ne pouvant leur offrir un travail et un rôle social conforme à leur niveau intellectuel, l'environnement de leur accomplissement social et professionnel. Les meilleurs, la crème, l'élite,... prennent le large pour aller travailler et vivre ailleurs", a-t-il remarqué.

A défaut de partir en retraite, on quitte le pays

Exprimant sur ce départ massif du personnel de son secteur, Abderrahmane Benbouzid, ministre de la santé, estime que faire face au phénomène requiert une réforme profonde de ce système. Il révèle tout de même quelques points.[the_ad id="7305"] Parmi les facteurs cités par le premier responsable de le santé, le départ à le retraite qui fait défaut, empêchant ainsi les jeunes médecins d’avoir les postes dans les hôpitaux algériens.

En effet, il souligne que « de nombreux médecins on dépassé l’âge de le retraite et ils sont toujours en poste, ils ne permettent pas à cette génération de les remplacer ». Par conséquent, la nouvelle génération se retrouve marginalisée les hôpitaux algériens n’offrent pas de postes aux jeunes médecins, qui préfèrent donc partir.

Privé, concurrence et exode : la ruée sur les postes

Un autre problème cité par le ministre ; « le manque de concurrence dans les hôpitaux publics » et l’exode de certains spécialistes vers le secteur privé. « Dans certaines spécialités, les médecins préfèrent le secteur privé », a-t-il constaté. A titre d’exemple, il précise que dans certaines villes, les structures sanitaires disposent d’un seul gynécologue qui doit assurer le garde tous les jours. [the_ad id="7305"] Cela sans parler de la radiologie, la réanimation… qui font également défaut.

Par ailleurs, les concernés directs, n'hésitent pas de rappeler les conditions dans lesquels ils travaillent de tirer sur "l'état de santé du secteur". Ils accusent les responsables incapables d'offrir un minimum qui peut satisfaire les praticiens pour faire convenablement leur travail de prise en charge des patients.

Les lauréats se sont exprimé aussi !

Néanmoins, certains médecins ayant passé le concours des EVC considèrent que les propos du ministre se détournent des véritables problèmes qui poussent les nouvelles générations à tenter leurs chances ailleurs. Le manque de moyens et la vétusté du système de santé rebutent aujourd’hui les blouses blanches.

«Le fait est que les médecins ne sont pas touchés par le chômage ou le manque de postes, mais que l’exercice du métier ne permet pas l’épanouissement professionnel ni sur le plan salarial, ni celui de la progression professionnelle et de l’évolution des compétences», explique un médecin rhumatologue ayant décroché le concours lui ouvrant les portes des hôpitaux français.

Cette dernière a raconté ses frustrations de ne pouvoir venir en aide à ses patients et toutes les entraves l’empêchant d’exercer son métier de médecin dans des conditions favorables. «Dans certains cas, nous sommes incapables de rendre service au malade. [the_ad id="7305"] A cause du manque de moyens, nous n’avons pas de traitement à proposer. Psychologiquement, il est extrêmement dur de voir des patients dépérir et de ne pouvoir rien faire», confie-t-elle.

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