Loi sur le blasphème en Algérie : l'affaire Saïd Djabelkhir relance le débat

Dix-neuf intellectuels et essayistes plaident pour l’acquittement de M. Saïd Djabelkhir et le respect de la liberté scientifique en Algérie. Ils invitent la Cour constitutionnelle algérienne à censurer la loi ayant conduit à la condamnation de l'islamologue algérien pour «blasphème». 

Des personnalités européennes et algériennes signent une tribune collective et appellent les autorités algériennes à garantir les libertés d'expression et de recherche académique. Ils souhaitent exprimer au peuple algérien leurs vœux et leur soutien pour qu'il jouisse des droits et libertés universellement reconnus.

Parmi les signataires, on retrouve l’écrivain algérien Boualem Sansal, la journaliste et essayiste canado-algérienne Djemila Benhabib, Mohamed-Christophe Bilek, fondateur de Notre-Dame de Kabylie, la journaliste et militante des droits de l’homme, Zineb El Rhazoui, les philosophes Rémi Brague et Chantal Delsol, deux anciens juges de la Cour européenne des droits de l’homme Giovanni Bonello et Javier Borrego, l’ancien envoyé spécial de l’Union européenne pour la promotion de la liberté de religion, l’écrivaine tunisienne Hela Ouardi.

"Nous souhaitons exprimer au peuple algérien nos vœux et notre soutien pour qu'il jouisse des droits et libertés universellement reconnus.[the_ad id="7305"] Nous l'invitons à réconcilier son identité religieuse avec la garantie des droits fondamentaux", peut-on lire dans la tribune rendue publique par les signataires.

Respect de la liberté scientifique

Dans les prochaines semaines, la Cour constitutionnelle algérienne jugera le cas de l'islamologue Saïd Djabelkhir, condamné le 21 avril 2021 à une peine de trois ans de prison et à une amende de 50 000 dinars pour « offense à l'islam » et « dénigrement du dogme » et « des préceptes de l'islam » en vertu de l'article 144 bis du Code pénal algérien réprimant le blasphème.

Cette condamnation vient suite à l'affirmation de ce docteur en philosophie que certaines pratiques musulmanes seraient antérieures à l'islam et d'origine païenne, et que le contenu du Coran et des hadiths n'auraient pas la valeur d'une science exacte.

Said Djabelkhir, spécialiste du soufisme reconnu, avait affirmé que « le rituel autour de la Kaaba, à La Mecque, existait avant l’islam et était une pratique païenne, que la consommation de l’urine de chameau pour ses vertus n’a jamais été préconisée par le Prophète, tout comme ‘‘l’allaitement’’ d’adultes et le mariage des petites filles. Une opinion, qui, selon lui, repose sur des recherches confirmées par de nombreux savants de l’islam.»

Cette affaire intervient alors que la liberté de conscience a été supprimée de la Constitution algérienne en 2020. [the_ad id="7305"] Pour la première fois, la Cour algérienne se prononcera sur la conformité à la Constitution de la pénalisation du blasphème et, à travers elle, sur les limites religieuses portées aux libertés d'expression et de recherche scientifique en Algérie.

Droit à la liberté d’opinion et d'expression

En 2016, le Professeur Heiner Bielefeldt, signataire de la tribune pour l’acquittement de M. Saïd Djabelkhir, a présenté au Conseil des droits de l’homme un Rapport thématique consacré au lien entre le droit à la liberté de religion ou de conviction et le droit à la liberté d’opinion et d’expression.

Heiner Bielefeldt souligne la complémentarité, les synergies et les grandes analogies entre les articles 18 et 19 du PIDCP. [the_ad id="7305"] Il insiste sur le fait que le renforcement mutuel des deux libertés est particulièrement nécessaire dans la lutte contre l’intolérance, les stéréotypes, la discrimination et l’incitation à la violence fondés sur la religion ou la conviction.

S’agissant des lois sur le blasphème, le rapporteur recommande lui aussi leur abrogation. [the_ad id="7305"] Il a également insisté sur le droit de toute personne d’affirmer la supériorité d’une conviction particulière, ce droit étant un antidote au relativisme et une condition à la liberté d’expression, à l’existence d’un débat réel, ainsi qu’à l’exercice de la liberté de conscience par le prosélytisme.

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