«Arabe de service» : un journaliste franco-algérien condamné par la justice

Taha Bouhafs, journaliste franco-algérien, a été condamné, mardi 28 septembre, par le tribunal correctionnel de Paris, à payer une amende de 1500 euros et à verser 2000 euros de dommages et intérêts pour avoir traité la syndicaliste policière Linda Kebbab d'« arabe de service » sur Twitter.

Le journaliste et militant antiraciste, proche de la France insoumise (LFI), a été reconnu coupable d’ « injure publique à raison de l’origine », a indiqué l’AFP. La 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris a estimé que l'expression « arabe de service » constitue « un propos outrageant et méprisant » envers la déléguée nationale du syndicat de police Unité SGP-FO.

« Arabe de service » est une expression qui renvoie à une « posture politique », a soutenu à la barre Taha Bouhafs. « Il y a un an, je me suis sentie souillée, rabaissée, stigmatisée, assignée", a déclaré à l’audience Linda Kebbab.

Taha Bouhafs et Linda Kebbab réagissent

Tout en précisant qu’elle n’avait pas réclamé de dommages et intérêts, la franco-algérienne Linda Kebbab a annoncé, mardi après-midi, qu’elle versera « l’intégralité de cette somme à des œuvres sociales pour les familles de policiers ». « Ainsi, Bouhafs fera une bonne chose de son argent, une fois dans sa vie. Puissent les jeunes qui le suivent ouvrir les yeux sur le mal qu’il est », a-t-elle poursuivi, avant de fustiger « les responsables politiques, notamment à gauche », qui, selon elle, n’ont pas « dénoncé » les propos du journaliste. « Ils ont fait l’autruche alors qu’ils savaient », a-t-elle ajouté sur Twitter.

De son côté, Taha Bouhafs a indiqué qu’il allait faire appel de la décision du tribunal. « Personne n’est dupe, cette décision de justice a première vue ridicule est éminemment politique, elle répond à un travail acharné de l’extrême droite pour renverser la définition même du racisme et la retourner contre les antiracistes », a-t-il écrit sur Twitter. « Ce n’est que le début d’un long marathon politico-judiciaire », a-t-il assuré.

Pour rappel, en juin 2020, Linda Kebbab s’est exprimé suite à une manifestation contre le racisme et les violences policières organisée à l'initiative des proches d'Adama Traoré, jeune homme noir de 24 ans ayant perdu la vie lors de son arrestation en 2016. Elle avait alors affirmé que sa mort n’avait « absolument rien à voir » avec celui de George Floyd,  quadragénaire afro-américain mort étouffé sous le genou d’un policier blanc. Taha Bouhafs avait alors réagi aux déclarations de la syndicaliste policière en la qualifiant d'«arabe de service ».

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